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Tchad : Habré sort de prison, ses « victimes » crient au scandale

L’ex-président tchadien Hisséne Habré, qui purge à Dakar une peine de perpétuité pour crimes contre l’humanité, va passer les 60 prochains jours chez lui malgré la colère des « victimes » de son régime.C’est une première victoire que vient d’obtenir, hier lundi 6 avril, Me Ibrahima Diawara et les partisans de son client tchadien Hisséne Habré. Vers 21h, le célèbre détenu venait de quitter la maison d’arrêt du Cap Manuel pour rejoindre sa famille à Ouakam, une commune de la capitale sénégalaise. La demande d’autorisation de sortir de l’avocat sénégalais, formulée le 26 mars 2020, a eu l’effet escompté vu que le juge de l’application des peines du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar a été convaincu par les arguments soulevés.

Dans l’ordonnance de sortie consultée par APA, le conseil explique qu’en raison de la pandémie du covid-19, la prison est un milieu qui présente de « réels risques de contamination » par le virus et que son client, « d’un âge avancé (77 ans), est particulièrement vulnérable ».

Le juge Boubacar Ndiaye Fall ne s’est pas opposé ainsi à la demande de « permission de sortir d’une durée de 60 jours » pour l’ancien chef d’Etat, qui a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 à la suite du coup d’état qui avait renversé Goukouni Oueddei.

La nouvelle a fait le tour du monde, faisant même la Une de la plupart des journaux sénégalais ce mardi.

Pour Le Quotidien, « le Covid libère Habré » là où L’Observateur pointe « l’étonnante baraka » de Habré pour qui la pandémie de coronavirus semble être une aubaine.

Toutefois, précise le ministre sénégalais de la Justice, Me Malick Sall, la décision ne vient ni « du gouvernement ni du chef de l’Etat mais c’est une décision de la justice ». L’ex-président tchadien est condamné à vie, en mai 2016, par les Chambres extraordinaires africaines (CAE), un tribunal créé en 2013 après un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal pour juger des crimes internationaux commis au Tchad du 7 juin 1982 au 1er décembre 1990.

Habré, « un coronavirus pour le Tchad »

Ainsi, rappelle Me Malick Sall, Hisséne Habré est un prisonnier international confié au Sénégal. Par conséquent, « nous sommes responsables de sa sécurité et dès l’instant qu’on devait mettre ces (nouveaux) détenus dans la même situation à côté d’Habré, nous avons pensé que cela était un risque ».

Pour contrer la propagation du covid-19 en effet, le président sénégalais Macky Sall a gracié jeudi 26 mars 2036 détenus. Bien avant cela déjà, l’administration pénitentiaire avait pris un certain nombre de mesures, avec l’accord du ministère de la Justice, comme le transfert des nouveaux détenus à «  la prison du Cap manuel pour qu’ils y restent pendant 14 jours le temps qu’on vérifie leur sérologie ».

Ces explications n’agréent toutefois pas l’association des victimes de répressions et crimes politiques sous Habré. Interrogé par APA, leur président Clément Abaïfouta estime que « Hisséne Habré a été un coronavirus pour le Tchad, un coronavirus pour les victimes ».

« Je ne peux pas comprendre que Hisséne Habré soit libéré parce qu’il est seul dans sa cellule, il a la visite, chaque semaine, des hauts médecins et professeurs qui prennent soin de lui », a-t-il poursuivi, avant de s’en prendre à Fatimé Raymonne Habré qui tient des « allégations mensongères » sur l’état de santé de son mari.

Cette remarque « nous a valu une mise en garde du haut-commissaire des Nations unies contre la torture à l’endroit du Sénégal vu que le pays n’avait pas l’habileté de libérer Habré. (Mais) je donne raison aujourd’hui à sa femme qui dit que son mari est malade et qu’il a besoin d’être soigné, qu’il a besoin d’être évacué », a déploré M. Abaïfouta.

Par ailleurs, se réjouit dans L’Observateur Moriba Magassouba, ancien journaliste de Jeune Afrique et défenseur de Habré, la résidence surveillée est « bon à prendre » même si « c’était une journée ».

Pour lui en effet, l’ex-président tchadien « ne mérite pas de passer une seule nuit en prison, du fait qu’il est injustement détenu à la suite d’une mascarade de procès organisé par les Chambres africaines extraordinaires, une juridiction d’exception tout à fait illégale, avec la bénédiction de l’Union africaine ».


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