Politique › Judiciaire

Lionel Zinsou dit avoir «été prévenu» de sa condamnation

L’ex-Premier ministre béninois Lionel Zinsou a été condamné ce vendredi 2 août par la justice de son pays à 5 ans d’inéligibilité et six mois de prison avec sursis pour dépassement de frais de campagne électorale et usage de fausse attestation.

L’ancien chef du gouvernement béninois dispose de deux semaines pour faire appel de sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité et six mois de prison avec sursis pour dépassement de frais de campagne électorale et usage de fausse attestation. Si sa peine est confirmée, il sera de fait exclu des municipales de 2020 et surtout à la présidentielle de 2021. Sur RFI, Lionel Zinsou explique ne pas avoir été surpris par cette condamnation. Il est l‘Invité Afrique de RFI ce samedi 3 août.

RFI : Vous venez d’être condamné par la justice béninoise au sujet de vos comptes de campagne. On vous accuse d’avoir masqué vos dépassements de compte. Comment réagissez-vous à cette condamnation ?

Lionel Zinsou En fait, j’en prends acte. Je ne peux pas vous dire que d’aucune manière cela me paraît normal et juste, mais j’ai été tellement prévenu que ça allait arriver, je crois que j’ai été prévenu avant les juges. Comme c’est un procès en citation directe, je n’ai jamais été mis en examen, il n’y a pas eu d’instruction. Et ma défense s’est élevée contre le fait que je suis accusé d’un faux, une fausse déclaration de comptes de campagne, mais ce faux n’a jamais été produit ni au tribunal ni à ma défense.

Les pièces n’ont pas été produites ?

Non. Notamment pour une raison que, je crois, le procureur ignorait, c’est que quand je me suis présentée pour déposer les comptes de campagne, en fait ils avaient été déposés par un des partis de la coalition à mon insu, si bien qu’en fait, ils n’ont pas été reçus. Donc, on est dans une procédure pénale dans laquelle ni le tribunal ni la défense n’ont les pièces qui sont incriminées de faux. Mais on m’a prévenu six mois à l’avance, qu’après les législatives sans opposition, on préparait une présidentielle au Bénin en 2021 sans opposition. Donc j’ai connu le jugement bien avant le délibéré, bien avant l’audience parce que le pouvoir exécutif m’avait fait prévenir : « N’élaborez pas des plans sur la comète, vous serez inéligible ». Cela ne veut pas dire pour autant que je ne vais pas faire appel. On a interjeté appel immédiatement. Donc, cette condamnation n’est pas définitive.

Vous l’évoquiez, pour vous, cette condamnation est liée à la présidentielle de 2021 ?

Quand on vous explique, après des législatives où on ne compte pas qu’il y ait d’opposition, ce qui est vraiment original et a suscité un peu d’opprobre partout dans le monde, ce n’est pas pour que l’élection présidentielle soit ouverte. Vous vous dites qu’il y a une relation assez forte entre la préparation de la présidentielle et l’inéligibilité de quelqu’un qui est en réalité le challenger de la précédente élection, et forcément quelqu’un de visible. Mais il y aura des candidats à cette élection qui ne seront pas des candidats habituels puisque je crois que j’étais le dernier sur la liste de ceux qu’il fallait rendre inéligibles, de ceux qui étaient des rivaux potentiels.

Puisque vous parlez de cette inéligibilité, vient-elle contrer des projets que vous aviez déjà en tête ? Est-ce que vous vous prépariez à être candidat à cette élection 2021 ?

Je ne crois pas qu’on se prépare ni cinq ans à l’avance ni trois ans à l’avance, et maintenant, on est un peu moins de deux ans à l’avance. Je pense que cela dépend énormément des circonstances ces choses-là. Donc à aucun moment, je n’ai fait candidature pour la présidentielle. Et encore une fois, les sexagénaires c’est très bien, mais regardez partout dans le monde, vous avez de nouveaux candidats, une génération nouvelle. Donc, ce n’est pas du tout écrit dans le marbre que je devrais être candidat à la présidentielle. Par ailleurs, j’essaie de créer des entreprises et cela prend énormément de temps. C’est une question que je ne me posais pas parce qu’elle ne se posait pas.

Mais est-ce qu’elle pourrait se poser dans les mois qui viennent ?

Le tout petit risque, et d’ailleurs d’une certaine manière le président actuel en est presque l’emblème, l’icône, c’est quand on vous persécute, ça finit par rendre presque nécessaire de réagir en disant « au fond il va falloir qu’on s’engage dans le combat ». Mais encore une fois, ce n’est pas un combat pour moi. Moi, je considère qu’une condamnation de ce type, c’est un symptôme d’une crise qui est profonde.

Sur le fond tout de même, quelle est votre version des faits ? Est-ce que vous avez, oui ou non, dépassé ce plafond de 2 milliards 500 millions de francs CFA ?

Non, d’aucune manière, je considère que j’ai dépassé ce plafond. Je n’ai pas eu l’occasion de remettre mes comptes de campagne, c’est pour cela que je n’ai pas été incriminé de faux par la Cour suprême qui est seule juge, seule compétente. Le tribunal de première instance normalement ne pouvait pas être compétent.

C’est-à-dire qu’il y a un problème de compétence sur la cour qui s’est saisie de cette affaire ?

Il y a aussi un problème de compétence. Le procureur dans ses réquisitions, de façon extraordinaire, a dit : « la Cour suprême, Chambre des comptes, n’a pas dénoncé de dépassement de dépenses électorales ». Ça pour moi, c’est très important.

On ne vous a pas du tout vu au Bénin pendant la procédure. Est-ce que c’est parce que vous avez craint quelque chose ?

En fait, j’ai beaucoup de travail. Donc, j’avais très légitimement demandé au tribunal si ayant constitué le bâtonnier au cœur du barreau de Paris, l’ancien bâtonnier et président de la Cour constitutionnelle de notre pays et un troisième et grand avocat, s’ils pouvaient me représenter, et le tribunal avait donné son accord.

Vous envisagez d’aller au Bénin prochainement ?

Oui. Tout à fait. Le même jour où on m’a passé le message : « pas la peine de faire des plans sur la comète, vous serez inéligible », on m’a dit que ce serait quand même dommage, tout cela par personne interposée, de vous comporter comme un exilé. Donc tant qu’on ne me séquestre pas, je considère que je suis un citoyen comme les autres au Bénin.

Par RFI



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