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Législatives au Sénégal : « difficile de dire ce que sera le scrutin » (expert)

Pour Mame Goor Ngom, journaliste et analyste politique, l’issue de l’élection de ce dimanche reste incertaine avec une opposition décidée à imposer une cohabitation à la majorité présidentielle.1. Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu ou déplu dans la campagne ?

Globalement, je salue le sens du dépassement. Nous avons vu des actes qui font du baume au cœur. On peut notamment citer la rencontre amicale entre Ousmane Sonko (opposant radical) et Abdourahmane Diouf (opposant modéré).

À Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, une scène analogue s’est déroulée avec le maire de Golf Sud, Khadija Mahécor Diouf de la principale coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi (Libérer le peuple, en langue wolof) et un responsable de la coalition au pouvoir Benno Bokk Yakaar (Unis par le même espoir, en langue wolof).

Mansour Faye, maire de Saint-Louis (Nord) et beau-frère du président Macky Sall, est également allé voir des victimes d’un accident de Yewwi Askan Wi. Tout cela grandit la démocratie sénégalaise.

Toutefois, nous avons noté des actes regrettables. À Thiès (Ouest), des incidents ont impliqué le maire de la ville, Dr Babacar Diop et d’autres membres de Yewwi Askan Wi. Idem avec les maires Ahmed Aïdara de Yewwi Askan Wi et Racine Talla de Benno Bokk Yakaar à Guédiawaye.

Sur le plan médiatique, il y a eu beaucoup de fausses informations. Des journaux ont été détournés. Dans une démocratie, quand la presse est discréditée, quand les fake news foisonnent, ça peut impacter la sincérité du scrutin.

2. Comment analysez-vous les principaux thèmes de campagne ?  

Ils devaient tourner autour de l’Assemblée nationale avec les réformes qui s’y imposent afin que les députés jouent véritablement leur rôle. Au Sénégal, le pouvoir exécutif est au-dessus du législatif et du judiciaire malgré le principe de la séparation des pouvoirs. L’hémicycle répond souvent aux desiderata du chef de l’État.

Comme lors des élections locales de janvier dernier, Yewwi Askan Wi a axé son discours sur l’éventualité d’une troisième candidature de Macky Sall. C’est une stratégie payante parce que ce thème intéresse et mobilise les citoyens. Pour cette coalition, considérer ces Législatives comme le premier tour de la Présidentielle de 2024 est un couteau à double tranchant. Si l’on suit cette logique, une victoire de Benno Bokk Yakaar signifierait que le peuple légitime le troisième mandat.

Au-delà de Yewwi Askan Wi, cette question concerne l’ensemble de la population, les autres partis et les organisations de la société civile. Par conséquent, cette coalition gagnerait à revoir sa communication sur le sujet. Elle ne peut pas porter seule ce combat.

3. Au sortir de cette campagne, peut-on vraiment évaluer les forces des uns et des autres ?

Il est difficile, de façon péremptoire, de dire ce que sera le scrutin de dimanche. Cela dit, on a l’impression que les tendances des Locales risquent de se confirmer à des exceptions près.

À Dakar, Yewwi Askan Wi peut ne pas avoir une majorité écrasante car au niveau du pouvoir des réglages ont été effectués et des dissensions tues notamment aux Parcelles Assainies, une grande commune de la capitale, avec l’investissement d’Amadou Ba, ancien ministre de l’Économie et des Finances. 

Pour Yewwi Askan Wi, dont la liste des titulaires a été rejetée par le Conseil constitutionnel pour non-respect de la parité, les leaders comme Ousmane Sonko, qui ne sont plus candidats, se sont aussi engagés dans la campagne. Il y a eu un engouement autour des caravanes de Sonko, le leader de fait de ladite coalition. Dans son tour du Sénégal, il a drainé les foules.

L’autre dynamique, c’est Benno Bokk Yakaar avec Aminata Touré qui a mené une campagne très correcte. Ce n’était pas évident, mais elle s’en est bien sortie. La tête de liste nationale de la coalition au pouvoir avait du monde derrière elle. Mimi, surnom de l’ancien Premier ministre, dansait quand il le fallait sans perdre sa répartie facile.

De plus, on ne parle plus de tout sauf Benno Bokk Yakaar avec la nouvelle coalition Aar Sénégal (Protéger le Sénégal, en langue wolof). Des relations heurtées existent entre Yewwi Askan Wi et Aar Sénégal où il y a entre autres Thierno Alassane Sall, l’ex-ministre de l’Énergie de Macky Sall. Cela est bon en démocratie. Vouloir que tous les opposants partagent les mêmes idées, c’est à la limite de l’hypocrisie. Il faut qu’ils se contredisent pour que les citoyens puissent choisir parmi les différentes offres.


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