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Le défi d’une campagne électorale dans l’immensité australienne

Avec ses immenses circonscriptions, dont une trois trois fois plus grande que la France métropolitaine, l’Australie a un électorat d’une diversité rare. Répondre à la variété de ses attentes aura été tout au long de la campagne législative un défi pour des partis traditionnels de plus en plus concurrencés par les extrêmes.

En 48 heures cette semaine, le Premier ministre sortant Scott Morrison a parcouru 8.000 kilomètres – soit la distance Paris-Pékin – pour rencontrer des électeurs.

De Sydney (sud-est) la cosmopolite aux étendues poussiéreuses de l’immense outback, lui et son principal adversaire, le travailliste Bill Shorten, ont multiplié les déplacements pour aller convaincre des concitoyens de plus en plus désabusés.

« L’électorat australien est extraordinairement inhabituel. C’est un vaste continent qui a une population relativement faible, donc très éparpillée », explique Marc Stears, politologue à l’Université de Sydney.

Il faut imaginer un territoire 14 fois plus grand que la France, pour une population presque trois fois moins importante. La circonscription de Durack en Australie-Occidentale rassemble moins de 100.000 habitants sur 1,6 million de kilomètres carrés.

– « Les vieux partis » –

« Il y a des grandes villes et puis une multitude de très petites communautés rurales qui n’ont souvent rien à voir les unes avec les autres », décrit M. Stears. « Les hommes politiques doivent parcourir ce pays pour convaincre les électeurs de chacune de ses parties, aussi différentes soient-elles. »

Pour la coalition de centre-droit et les travaillistes, c’est une tâche chronophage, et qui a de moins en moins d’utilité.

D’autant qu’en Australie comme ailleurs, une partie de l’électorat ne croit plus au clivage gauche-droite. La faute notamment à la valse de Premiers ministres, cinq en huit ans.

Des « putschs » internes aux partis gouvernants ont contribué à répandre l’idée que les dirigeants traditionnels ne pensaient qu’à leur intérêt, et participé à la montée des populistes ou extrémistes.

Il y a deux décennies, 80% des électeurs soutenaient les partis traditionnels, selon Stephen Mills, de l’Université de Sydney. Aujourd’hui, un tiers des électeurs ne veulent plus en entendre parler.

Dans l’Etat du Queensland (nord-est), traditionnel fief des conservateurs, l’électorat a glissé vers la droite, séduit en partie par le Parti d’extrême-droite One Nation ou par le United Australia Party du magnat populiste Clive Palmer, dont le slogan est « Make Australia Great ».

Les deux formations promettent de soutenir le puissant secteur minier et l’emploi, une préoccupation majeure dans des localités plombées par le chômage et le sentiment d’abandon.

« C’est pour ça que nous sommes connus, parce que nous disons les choses que les gens pensent », explique dans le centre du Queensland Malcolm Roberts, un dirigeant de One Nation. « C’est pour cette raison que les gens tournent le dos aux vieux partis qui ont échoué. »

– Projet Adani –

Un peu plus au nord, à Bowen, près des énormes terminaux portuaires de chargement de charbon de Hay Point, de nombreux commerçants en veulent aux grands partis pour leurs tergiversations face au gigantesque projet minier d’Adani, qui promet des milliers d’emplois.

« Les temps sont durs pour les campagnes », explique Bruce Hedditch, de la chambre de commerce de Bowen. « C’est la raison pour laquelle les petits partis et les indépendants vont faire de bons scores lors de cette élection. »

La farouche opposition de bons nombre d’urbains au projet Adani, essentiellement pour des raisons environnementales, illustre bien l’un des clivages australiens que peinent à négocier les travaillistes et la coalition National-Libéral.

Pour eux, il s’agit de courtiser l’électorat du Queensland mais aussi celui de l’Etat du Victoria (sud), beaucoup plus sensible aux problématiques écologiques.

Le centre-droit est traditionnellement un soutien du lobby minier, mais il s’expose à un grave retour de bâton de l’électorat du Victoria.

M. Shorten, lui, a fait l’impasse sur le sujet minier dans le Queensland. Le risque en prenant position eut été de s’aliéner soit les électeurs du Victoria sensibles aux questions environnementales, soit les syndicats défendant le secteur minier au nom de l’emploi.

« On ne peut pas faire plaisir à tout le monde », observe John Warhurst, professeur à l’Université nationale australienne. « Au final, chaque prise de position doit être faite en soupesant ce qu’il y a à perdre et à gagner. »

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