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Dans les méandres du pouvoir Yayi

Par Georgine Motassi - 19/06/2018

Mémoire du chaudron épisode 92

 


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Nous prîmes finalement la route du Mono vers 13 heures. Nous comptions, conformément au programme initial, faire les six communes du Mono à savoir Comé, Bopa, Grand-Popo, Athiémé, Houéyogbé et Lokossa, avant de remonter vers le Couffo. Sur papier, le maillage du département du Mono était excellent et pratiquement tout le personnel politique en vue s’était rangé en ordre de bataille derrière Yayi. Et cela pouvait se comprendre quand on sait que l’UPD-Gamexu de Jean-Claude Hounkponou fut l’un des partis politiques à l’avant-garde du yayisme, et que par ailleurs, l’IPD de Théophile Nata s’y sentait à domicile, avec des têtes de pont comme Moïse Mensah et Francis da Silva. Le landerneau politique du Mono était, il faut le remarquer, en pleine lutte d’affranchissement vis-à-vis de l’hégémonie du PSD de Bruno Amoussou. Ce délitement du PSD, derrière lequel beaucoup d’analystes politiques de l’époque voyaient la main du Général Mathieu Kérékou, n’avait pour autant pas encore donné à ce département un leader politique d’envergure capable de porter son étendard dans une bataille électorale présidentielle dont on connaît bien la rudesse.

 

N’empêche ! Le réflexe politique de l’électorat du Mono, qui vota massivement pour Kérékou en 2001, fut de remettre la table en 2006, pour un autre prétendant au fauteuil présidentiel, capable de les aider à consolider leur indépendance vis-à-vis de Bruno Amoussou dont le sobriquet politique, “Renard de Djakotomey”, est loin d’être usurpé. Le PSD se rétracta donc progressivement sur ses séants, c’est-à-dire sur son noyau dur qu’est le département du Couffo. Le soutien aux ambitions politiques de Yayi vint d’abord du Mono, avant d’irradier le reste du pays. Je pourrais dire autrement, et à votre grande surprise peut-être, que le Mono fut le vrai berceau du Yayisme. Je ne connais pas de cadres politiques d’envergure, originaire du département du Mono, et qui se soit dressé contre le candidat Yayi. Ma mémoire flanche peut-être, mais je ne m’en souviens pas.

 

Et notre entrée dans le département en cet après-midi tint largement la promesse des fleurs. Nous fûmes agréablement surpris, dès l’entrée de Guézin, de retrouver cette même effervescence, pour ne pas dire plus, qui caractérisa notre tournée électorale dans le septentrion. Presque toutes les portes des habitations portaient une affichette à l’effigie de notre candidat. Je ne peux dire comment le travail fut organisé sur le terrain pour aboutir à ce résultat. Mais, les discussions auxquelles j’avais pu assister pendant la longue période de tractations politiques indiquaient clairement que le personnel politique du Mono ne votait pas plus pour Yayi que contre Amoussou.

 

Nos meetings s’enchaînèrent ce dimanche soir-là, plus euphoriques les uns que les autres. Jean-Claude Hounkponou, avec des lieutenants comme Mathurin Nago, un activiste émotif comme Expédit Houessou, des figures jouissant d’une respectabilité comme Aurélien Houessou, l’inusable Robert Dossou qui se signalait quelques fois dans le paysage politique avec son “Baobab” de parti politique, le vieux Moïse Mensah qui se fit souffler le poste de directeur national de campagne, et j’en oublie, mirent le Mono aux couleurs du yayisme.

 

Je me rappelle avec amusement le meeting de Grand-Popo, avec ce ballet de serviettes au cou. Certains la portaient très court autour du cou. D’autres, moins discrets, la laissaient pendre sur toute la longueur de leur bedaine. Le marché de serviettes devait faire des fortunés ici, pensais-je cyniquement.

 

Je m’étais souvent rendu à Grand-Popo au cours de ma carrière de journaliste. Et quand plus tard, j’ai eu la grâce de découvrir la ville de Cannes en France, cité balnéaire concentrant yachts extravagants et milliardaires excentriques, je m’étais laissé à penser que si Dieu avait doté un de ces pays européens d’un décor aussi somptueux que Grand-Popo, nous en aurions tellement entendu parler. Notre problème, c’est que nous sommes tellement enfermés dans des cycles de stress ou dans d’interminables conflits négatifs, que nous ne savons plus dire la poésie de nos vies, la beauté de nos plages, le charme de nos monts et vaux, la féerie de nos couchers de soleil. Nous sommes parfois si absorbés par la prochaine méchanceté à faire à un voisin que nous mourons sans vivre.

 

La transcendance est obligatoire pour être heureux et rendre les autres heureux. GG Vickey, par ses odes éternelles, ne nous a pas fait aimer le lac Ahémé parce qu’il avait moins de problèmes que nous. Pierre Dassabouté, notre Francis Cabrel d’ici, n’a pas mis la mélancolie de sa voix et les notes sèches de sa guitare au service du message silencieux de la chaîne montagneuse de l’Atacora parce qu’il est moins préoccupé que les autres, par ses trois repas quotidiens. Sortons de notre cycle de négativité. Nous nous rendrons alors utiles à notre communauté.

 

Lokossa était notre dernière étape ce jour, dans le département du Mono. Le stade municipal, retenu pour le meeting, avait fait le plein. La ferveur y était identique à celle réservée au Général Mathieu Kérékou en 2001. À la différence près que le meeting du Général sur ce même stade en 2001, eut lieu dans la nuit. Avec le candidat Yayi, nous démarrâmes le meeting autour de 18 heures. Et ce fut son exigence personnel de boucler cette étape avant la tombée de la nuit. Lokossa, c’était déjà en effet la frontière du département du Couffo, et la paranoïa sécuritaire que suscitait Bruno Amoussou chez notre candidat ne permettait pas de se retrouver si proche du Couffo dans l’obscurité. Et c’était justement là un immense problème, parce que nos têtes de pont dans le Couffo espéraient dur comme fer que Yayi prendrait le chemin de Aplahoué après le meeting de Lokossa.

 

Bientôt, des coups de fil angoissés se multiplièrent entre Ahmed Akobi, Moïse Mensah et nos responsables départementaux de campagne du Couffo, notamment Daniel Fangbédji, Michel Sogbossi, Maouna Tchiwanou, Jean-Baptiste Dégbey, Barnabé Kpogbèzan. Les insistances, puis supplications des uns ne feront pas ployer les autres. Pour Ahmed Akobi, c’était clair, Yayi ne pouvait pas prendre le risque de s’aventurer sur le territoire de Bruno Amoussou sans toutes les cautions sécuritaires nécessaires. Et il n’avait pas tort. Certains signes d’hostilité flagrante avaient été captés par nos partisans du Couffo dans la matinée de ce dimanche, à Azovè où toutes nos affiches ont été publiquement vandalisées, devant des forces de l’ordre impuissantes.

 

Par ailleurs, après dix jours de campagne électorale officielle, aucun candidat sérieux n’avait encore pu mettre les pieds dans le Couffo en dehors de son leader, Bruno Amoussou qui avait encore tout son staff de lieutenants avec lui: Kowé Corentin, Bernard Lani Davo, Léandre Houaga, Essou Pascal, Adolphe Dindin, Valentin Agbo, David Gbahoungba, Emmanuel Golou.

 

Quoique triomphant, le cortège de Yayi s’imposa des limites ce soir-là. Il ne franchira pas les frontières du Couffo durant toute la campagne électorale.
Ah, Bruno Amoussou !…On en parle demain ?

 
MOTS CLES :  Pouvoir   Yayi   Mémoire 

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